Le lendemain matin, Lyssa n'eut pas le doux réveil que l'infirmière lui réservait chaque jour. Aujourd'hui, ce fut Austin qui déboula en trombe dans sa chambre. Il tira vivement les rideaux en ouvrit la fenêtre. La jeune fille, surprise par cette entrée fracassante mais aussi très fatiguée retourna sa couette sur son visage. Elle ne la garda pas quelques secondes, Austin, la releva directement. Ce matin, il était souriant, à croire que c'était une habitude chez lui.
« - Debout mademoiselle, une belle journée commence !
- Huuuuuuuuuuuuuuuum, répliqua-t-elle en se débattant avec Austin pour tenter de récupérer sa couette.
- Aller, on se lève.
- J'ai pas envie, reprit-elle.
- T'as pas faim ? lui demanda-t-il.
- Siiiiiii, s'exclama-t-elle en voyant le plateau qu'Austin tenait maintenant dans les mains.
- Alors vient le chercher. »
Le jeune homme posa le plateau sur la table à coté de son lit, de sorte à ce que la jeune fille ne puisse l'attraper que assise. Il avait fait exprès ou quoi ?
« - Euh, Austin, je ne peux pas l'attraper là...
- Si, il faut juste que tu t'asseyes.
- Tu veux pas m'aider ?
- Non, dit-il d'un ton calme. »
Ces paroles retentirent comme un gong dans la tête de Lyssa. Pourquoi ne voulait-il pas ? Il avait l'air tellement gentil et serviable. Son visage était toujours bienveillant et son sourire ne l'avait pas quitté.
Il s'assit sur la chaise en face de Lyssa, croisa les bras et attendait patiemment que la jeune fille fasse quelque chose, le regard toujours pétillant.
La jeune fille comprit qu'il n'allait pas bouger d'un poil. Son estomac lui manifesta par un grand bruit sa faim. Elle décida donc de faire quelque chose. Pour la deuxième fois qu'elle était dans cet hôpital, la jeune fille posa ses mains derrière son dos et prit appui sur celles-ci. Et pour la deuxième fois, cette douleur si insupportable et si aigue se fit ressentir. La jeune fille tenta de faire abstraction de cette douleur et poussa sur ses bras aussi fort qu'elle put mais elle ne pouvait pas, cette douleur était trop forte. Un cri de douleur s'échappa et la jeune fille retomba sur son lit, les larmes lui montant aux yeux.
« - Je ne peux pas, sanglota-t-elle. C'est trop dur.
- Si tu peux.
- NON JE TE DIS ! Ca me fait trop mal, je ne peux pas, c'est tout.
- Dis plutôt que tu ne veux pas. »
La jeune fille regarda Austin, les yeux pleins de larmes. Elle avait tellement mal et lui restait là, si paisible, si calme ! Il n'avait pas l'air de mesurer la douleur qu'elle endurait. C'était impossible pour elle de se lever, à chaque fois qu'elle essayait, elle avait l'impression qu'on lui ouvrait le dos en deux avec un couteau. C'était insoutenable. Elle ne pourrait pas vivre avec cette douleur continuelle, elle préférait rester ici. C'était pu être d'un ennui mortelle mais la douleur, elle, était supportable.
Austin se leva. La jeune fille eut, pendant une seconde l'espoir qu'il avait cédé et qu'il allait lui donner son plateau mais le jeune homme n'en fit rien et s'assit simplement sur le lit de Lyssa, la regardant dans les yeux.
« - Lyssa, il faut que tu te forces un peu, commença-t-il.
- Mais ça me fait trop mal, sanglota-elle.
- Bien sur que ça te fait mal, mais il faut que tu persévères. La douleur s'en ira avec le temps.
- Et après combien de temps ?
- Tout dépend de toi, de ta motivation et de ton application.
- Je ne sais pas si je pourrais.
- Moi j'en suis sur.
- De quoi ? demanda-t-elle étonnée.
- Que tu y arriveras.
- Euh... T'es tellement expert que ça ?
- Non, répondit-il en esquissant un sourire. Je sais juste que tu es très têtue. Et quand on est têtu, on arrive très souvent à ses fins.
- Des fois, le corps ne suit pas, c'est trop pour lui.
- Pas cette fois, sinon je ne serais pas ici, je t'ai déjà dit que je détestais perdre mon temps.
- Okay, je vais réessayer.
- Je préfère ça, se réjouit-il. »
La jeune fille prit sur elle et refit une tentative. Elle poussa sur ses bras une deuxième fois. Ceux-ci tremblaient violemment sous la douleur immense mais elle s'accrocha à cette envie de réussir qui commençait à la gagner. Oui, vraiment, elle avait envide de s'asseoir. Elle ne voulait pas rester toute sa vie ici, immobile. Elle voulait se montrer qu'elle était capable de le faire, qu'elle pouvait y arriver seule. Si elle y arrivait, elle se prouverait qu'elle pouvait commencer sa rééducation, qu'elle aurait la force d'aller jusqu'au bout.
Ses bras tremblaient trop fort, ils allaient bientôt céder. Mais la jeune fille ne voulait pas, elle voulait y arriver, le souhaitait de toutes ses forces. Les larmes d douleur se transformaient en larmes de rage.
Dans un rictus, la jeune fille poussa une dernière fois dans ses bras épuisés et, d'un mouvement de dos, qui lui scia celui-ci en deux, parvint à se mettre en position assise.
La douleur lui arracha de nouveau un cri mais cette fois-ci, c'est plutôt un cri de satisfaction. Elle avait réussit. Son dos la faisait souffrir horriblement mais elle avait réussit. Une vague de joyeuseté l'avait envahit et chassait la douleur ou plutôt, agissait comme un anti-douleur. Un sourire s'étala sur sa figure. Elle regarda Austin.
Lui aussi souriait mais cette fois, encore plus que d'habitude. Elle voyait dans ses yeux qu'il était fier d'elle.
« - J'ai... J'ai réussit, balbutia-t-elle, un peu sonnée.
- J'ai vu ça, répondit Austin. Je t'avais dit que tu pouvais le faire.
- Je ne me serais jamais crue capable.
- C'est toujours comme ça la première fois. »
La jeune fille regarda un instant Austin. Lui aussi avait-il vraiment souffert ? Il donnait l'impression d'en avoir garder aucune cicatrice intérieure mais pourtant, à chaque fois qu'il l'évoquait, un voile de tristesse passait sur son visage.
« - Pour toi aussi ça été comme ça ? osa-t-elle. Enfin, je veux dire...
- Oui, ça a été très dur au début, la coupa-t-il, d'une voix assez dure.
- Je suis désolée, ça me regarde pas...
- C'est bien que tu sois curieuse, ça t'aidera beaucoup.
- Si tu le dis. »
Un silence pesant s'installa entre les deux jeunes.
Lyssa se sentait un peu coupable. Elle n'avait pas à se mêler de ce qui ne la regardait pas. De plus, Austin était là pour l'aider à redevenir autonome, rien d'autre. Il n'était pas là pour lui raconter son passé.
Mais le jeune homme ne semblait lui en vouloir et il avait retrouver son éternel sourire et ses yeux pétillaient de nouveau.
« - Bon aller, dit-il. Prends ton petit-déjeuner, tu l'as bien mérité. »
Il se leva et lui apporta le plateau sur ses genoux.
« - Merci., dit-elle.
- Tu l'as mérité.
- Quand est-ce qu'on commence ? lui demanda-t-elle.
- Demain.
- Quoi ? Pourquoi pas aujourd'hui ? Je me sens prête.
- Non, je pense que tu as fait assez d'efforts pour aujourd'hui, tu crois pas ?
- Si, répondit-elle avec un sourire. »
La jeune fille attaqua donc son petit-déjeuner de bon c½ur. Cette fois, elle avait retrouvé toute sa motivation qui la caractérisait avant son accident.
Elle voulait s'en sortir.